Coach, sophrologue, naturopathe : ce que tu peux faire et dire, et ton statut
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Coach, sophrologue, naturopathe, réflexologue, praticien en massage de bien-être, en hypnose ou en reiki : aucun diplôme n'est exigé pour te lancer. Mais ces métiers touchent à la santé, et la frontière avec l'exercice illégal de la médecine, les pratiques commerciales trompeuses et, depuis 2024, la provocation à l'abandon de soins est surveillée de près. Lors de ses dernières enquêtes, la DGCCRF a trouvé des manquements chez environ deux praticiens sur trois. Voici ce que tu peux faire, ce que tu dois éviter de dire, et ton statut.
1. Ce qui t'est interdit
- Poser un diagnostic ou traiter une maladie, même avec des méthodes douces, quand tu le fais de façon habituelle : c'est de l'exercice illégal de la médecine, puni de 2 ans d'emprisonnement et de 30 000 € d'amende, avec des peines alourdies depuis 2024 quand les faits passent par internet.
- Pratiquer l'acupuncture sans être médecin, ou parler d'« hypnose médicale », qui est réservée aux professionnels de santé.
- Pousser une personne malade à arrêter ou refuser un traitement médical : depuis la loi du 10 mai 2024, c'est un délit puni d'1 an et de 30 000 € d'amende, et de 3 ans et 45 000 € si la personne a suivi ce conseil.
- Utiliser un titre protégé sans le diplôme : psychologue, psychothérapeute, ostéopathe, chiropracteur, masseur-kinésithérapeute, diététicien.
2. Le massage : parle de bien-être, jamais de soin
Le massage à but thérapeutique est réservé aux masseurs-kinésithérapeutes. Pour le massage de bien-être, la Cour de cassation a jugé en 2021 et en 2024 que le monopole des kinés ne visait que le but thérapeutique, mais le Conseil d'État avait retenu une lecture plus large en 2019. La frontière reste donc fragile : présente ta prestation comme un moment de détente, parle de « massage de bien-être » ou de « modelage de confort », sans but esthétique (un modelage esthétique relève de l'esthétique et demande un diplôme), et ne promets aucun effet sur une douleur ou une maladie.
3. Ce que tu dois éviter de dire
Il est interdit d'affirmer qu'une prestation guérit, prévient ou soigne une maladie. Les enquêtes de la DGCCRF relèvent notamment :
- des promesses de guérir ou de « participer à la guérison » de maladies graves (cancer, dépression, maladies neurologiques) ;
- des résultats garantis (« arrêter de fumer en une heure, résultat immédiat ») ;
- des titres trompeurs : « diplômé », « certifié » ou « agréé » sans qualification officielle derrière ;
- un logo, une plaque ou une inscription dans un annuaire qui font croire à un professionnel de santé ;
- une formation présentée comme reconnue alors qu'elle ne l'est pas.
Une pratique commerciale trompeuse est punie de 2 ans d'emprisonnement et de 300 000 € d'amende, davantage quand elle est commise en ligne. Relis ton site, tes réseaux sociaux et tes cartes de visite avec cette liste en tête. Formule ce que tu proposes en termes de détente, de confort, d'accompagnement, et invite toujours ton client à continuer de voir son médecin.
4. Tes diplômes et tes titres
- Hors acupuncture, ostéopathie et chiropraxie, aucune de ces pratiques n'exige de diplôme reconnu par l'État.
- À la date de notre vérification, aucune certification de sophrologue n'est active au répertoire national des certifications professionnelles : les dernières ont expiré en janvier 2025, et le gouvernement ne prévoit pas de titre protégé. N'écris donc pas « sophrologue certifié RNCP » si ta certification n'est plus active.
- Le coaching n'est encadré par aucun texte.
5. Tes obligations envers tes clients
- Affiche tes prix.
- Remets une note dès que la prestation dépasse 25 €.
- Adhère à un médiateur de la consommation, et indique ses coordonnées à tes clients.
- L'assurance responsabilité civile professionnelle n'est pas obligatoire, mais elle est vivement recommandée.
6. Ton statut, tes cotisations et la TVA
- La plupart de ces activités sont des professions libérales non réglementées ; le massage de bien-être peut être classé comme activité artisanale : fais confirmer ta catégorie au moment de ton immatriculation. En micro-entreprise, une activité libérale cotise à la Sécurité sociale des indépendants : 25,6 % du chiffre d'affaires en 2026 (21,2 % pour une activité artisanale), et le régime micro s'applique jusqu'à 83 600 €. Les ostéopathes, psychothérapeutes et chiropracteurs relèvent, eux, de la Cipav.
- Pas d'exonération de TVA : elle est réservée aux soins des professions de santé et à certains titres protégés (ostéopathe, chiropracteur, psychothérapeute…). La naturopathie, la sophrologie ou le coaching n'y ont pas droit. En micro-entreprise, tu ne factures pas de TVA tant que ton chiffre d'affaires annuel reste sous 37 500 € : si tu dépasses ce seuil, la TVA s'applique au 1er janvier suivant, ou dès le jour du dépassement si tu franchis 41 250 € dans l'année.
7. Si tu vends des produits
- Compléments alimentaires : seules les allégations autorisées par la réglementation européenne sont permises ; il est interdit de leur attribuer la prévention, le traitement ou la guérison d'une maladie. Les fabriquer ou les importer suppose une déclaration de mise sur le marché.
- Huiles essentielles : une quinzaine sont réservées aux pharmaciens ; les autres sont en vente libre, mais sans indication thérapeutique. Une huile présentée comme soignant une maladie devient un médicament.
Ce qu'il faut faire, dans l'ordre
- Vérifie que ton activité ne touche pas à une profession réglementée (médecine, kinésithérapie, psychologie, diététique).
- Choisis ton statut et immatricule ton entreprise.
- Relis tes textes : ni diagnostic, ni promesse de guérison, ni titre que tu n'as pas.
- Choisis un médiateur de la consommation et prépare tes notes et ton affichage des prix.
- Souscris une RC pro.
En résumé
- Pas de diagnostic, pas de traitement, pas de promesse de guérison : c'est la ligne rouge.
- Ne jamais inciter quelqu'un à arrêter un traitement médical : c'est un délit depuis 2024.
- Massage : bien-être et détente seulement, jamais thérapeutique.
- Aucun diplôme exigé, mais pas de faux titre : plus de titre RNCP de sophrologue actif.
- Micro-entreprise : 25,6 % de cotisations ; pas d'exonération de TVA.
D'après la DGCCRF : pratiques de soins non conventionnelles (24 mars 2026), enquête de 2022, enquête de 2019, compléments alimentaires (7 novembre 2025) ; loi n° 2024-420 du 10 mai 2024 sur les dérives sectaires ; code de la santé publique, articles L. 4161-1 et L. 4161-5 ; Conseil d'État, 24 juillet 2019, n° 417529 ; Cour de cassation, chambre criminelle, 29 juin 2021 (n° 20-83.292) et 17 septembre 2024 (n° 23-84.023) ; réponse ministérielle n° 14899 sur la sophrologie (9 juin 2026) ; ARS Nouvelle-Aquitaine, titres protégés ; sante.fr, huiles essentielles (6 juillet 2026) ; Bpifrance Création, liste des professions libérales. Vérifié en octobre 2026.