Facture « rejetée » ou « refusée » : lire les statuts et réagir

Depuis le 1er septembre 2026, toutes les entreprises concernées par la réforme doivent pouvoir recevoir des factures électroniques, et les grandes entreprises et les ETI doivent déjà émettre les leurs par une plateforme agréée. Pour les PME, TPE et micro-entreprises, l'émission devient obligatoire le 1er septembre 2027 (guide pratique de la DGFiP, juillet 2026, questions 7 et 17). Avec ce circuit arrivent les statuts : ta plateforme t'indique où en est chaque facture. Deux d'entre eux se ressemblent et prêtent à confusion, « rejetée » et « refusée ». Le premier signale un incident technique, le second une décision motivée de ton client. Les traiter de la même façon, c'est risquer de renuméroter une facture pour rien, ou d'accepter un refus qui n'avait pas lieu d'être.
Les quatre statuts que ta plateforme renseigne toujours
Une facture électronique suit un cycle de vie jalonné de statuts. Quatre sont obligatoires : la plateforme doit les compléter et ils sont transmis à l'administration (fiche impots.gouv.fr sur l'émission des factures électroniques, version septembre 2025) :
- Déposée : la plateforme de l'émetteur a accepté la facture, et la date de dépôt est horodatée ;
- Rejetée : la plateforme de l'émetteur ou celle du destinataire n'accepte pas la facture (format non conforme, montants HT, TVA et TTC incohérents…) ;
- Refusée : le destinataire refuse la facture (erreur de destinataire, erreur sur la facture…) ;
- Encaissée : ce statut porte les données de paiement, date et montant.
Ta plateforme peut en afficher d'autres. Ici, on se concentre sur le rejet et le refus.
Rejet ou refus : qui décide, et sur quoi
Le rejet vient d'une plateforme, la tienne ou celle de ton client. Il signale une difficulté de transmission ou de contrôle : erreur de format, donnée obligatoire absente ou incohérente, partie mal identifiée, problème de routage, anomalie bloquante. L'administration demande de le traiter comme un incident à corriger, sans le confondre avec le refus de l'acheteur (guide DGFiP, juillet 2026, question 11).
Le refus vient de l'acheteur. C'est un statut obligatoirement motivé, réservé aux motifs prévus par la norme : non-conformité réglementaire que la plateforme de réception n'a pas détectée, facture mal adressée, ou non-respect de conditions contractuelles qui empêche de traiter la facture. Il ne doit pas servir pour un simple litige commercial (guide DGFiP, juillet 2026, question 12). Un désaccord sur la qualité d'une prestation se règle donc ailleurs.
Le tableau : statut, cause probable, action
| Ce que tu vois | Cause probable | Ce que tu fais |
|---|---|---|
| Rejetée par ta plateforme, à l'envoi | Format, donnée obligatoire absente ou incohérente (SIREN du client, montants) | Corrige la donnée dans ton outil, retransmets par le circuit électronique, garde le message de rejet. |
| Rejetée par la plateforme de ton client | Routage, identification du destinataire, contrôle non conforme | Demande à ta plateforme d'où vient le blocage, vérifie SIREN et établissement avec ton client, puis retransmets. |
| Rejetée, et ton client attend la facture pour payer | Le rejet l'empêche de disposer de la facture | Envoie un double clairement rattaché à la facture (mention « duplicata » ou « copie de continuité »), puis régularise. |
| Refusée pour un motif fondé | Facture mal adressée, mention réglementaire manquante, condition du contrat non respectée | Neutralise la facture refusée dans tes outils et émets une nouvelle facture avec un nouveau numéro. |
| Refusée pour un motif que tu contestes | Désaccord commercial, motif hors des cas prévus | Ne crée ni nouvelle facture ni avoir d'office : écris au client, rassemble tes preuves, documente la suite. |
| Facture PDF ou papier non payée « parce qu'elle n'est pas électronique » | Ton client croit que tu dois déjà émettre en électronique | Si tu es PME, TPE ou micro-entreprise, rappelle-lui que ton obligation d'émission démarre le 1er septembre 2027. |
La dernière ligne s'appuie sur la question 20 du guide DGFiP (juillet 2026) : un client ne doit pas refuser le traitement ou le paiement d'une facture au seul motif qu'elle n'est pas électronique, quand ton échéance d'émission n'est pas encore arrivée.
Après un rejet : corriger, retransmettre, garder la trace
- Lis le message de rejet. S'il est obscur, ouvre un ticket auprès de ta plateforme.
- Si l'erreur vient de toi, corrige la facture et transmets-la à nouveau par le circuit électronique. La correction ne doit pas créer une nouvelle opération ni un double paiement (guide DGFiP, question 29). Le guide ne précise pas si la facture corrigée garde son numéro : vérifie la règle appliquée par ta plateforme avant de renvoyer.
- Si le blocage vient du circuit (routage, données de réception), rapproche-toi de ta plateforme et de ton client. Un fichier clients propre évite la plupart de ces cas : voir Annuaire de la facturation électronique : remettre ton fichier clients d'aplomb.
- Conserve la facture, le message de rejet, sa cause, tes démarches, la version corrigée et tes échanges (guide DGFiP, question 11).
Tu n'as pas à signaler à l'administration chaque rejet isolé vite corrigé : il se traite avec ta plateforme ou ton client, en gardant les éléments utiles (guide DGFiP, juillet 2026, question 28). Pour la liste des preuves à garder pendant la phase de démarrage, voir Facture électronique : pas encore prêt depuis le 1er septembre ? Ce qu'il faut faire et garder comme preuves.
Après un refus fondé : nouvelle facture, nouveau numéro
Si le motif du refus est juste, corrige la situation et émets, si nécessaire, une nouvelle facture par le circuit électronique. Elle porte un nouveau numéro, pour ne pas la confondre avec la facture refusée et pour éviter un rejet lié à la réutilisation du même numéro. Dans tes propres outils, tu neutralises les effets de la facture refusée : par un avoir interne, par un remboursement si tu avais déjà été payé, ou par une régularisation sur une facture ultérieure quand c'est adapté (guide DGFiP, juillet 2026, question 12). Pense aussi à vérifier les mentions obligatoires avant de réémettre.
Exemple (simulation, chiffres fictifs). Hypothèses : tu es une TPE qui émet déjà volontairement en électronique, et tu factures 1 200 € HT à un client sous le numéro F-2026-041. Le client refuse : la facture est adressée à son siège alors que le bon de commande désigne un autre établissement. Tu neutralises F-2026-041 dans ton logiciel, tu émets F-2026-047 vers le bon établissement, et tu précises dans ton message au client que F-2026-047 remplace F-2026-041. À partir de là, tes relances portent sur F-2026-047 uniquement. Reste un point à vérifier dans ton contrat : la date à partir de laquelle court le délai de paiement de la nouvelle facture.
Si tu contestes le refus
Un statut « refusée » ne t'oblige pas à créer automatiquement une nouvelle facture, un avoir interne ou un avoir transmis. Ce statut ne tranche pas le différend et ne remplace ni les clauses de contestation du contrat, ni la médiation, l'arbitrage ou le juge (guide DGFiP, juillet 2026, question 12). En pratique :
- Demande par écrit au client le motif précis, et en quoi il entre dans les cas prévus (facture mal adressée, non-conformité réglementaire, condition contractuelle).
- Rassemble tes pièces : devis signé, bon de commande, contrat, preuves de livraison ou de réalisation, échanges.
- Propose une issue écrite : maintien de la facture, correction, nouvelle facture, remboursement ou régularisation ultérieure.
- Si ton client accepte finalement de maintenir la facture refusée, garde cet accord par écrit : il faudra pouvoir justifier ce maintien en cas d'écart entre le cycle de vie, le pré-remplissage de TVA et les déclarations déposées.
- Sans accord, passe au recouvrement, en choisissant la voie adaptée (ci-dessous).
Le lien avec tes relances et le recouvrement
Avant de relancer, regarde le statut. Une facture rejetée n'est peut-être jamais arrivée chez ton client : la relancer ajoute de la confusion. Une facture refusée pour un motif fondé est remplacée par la nouvelle : c'est elle qu'il faut suivre. Pour le calendrier des relances et les pénalités, voir Délais de paiement clients : choisir entre 30 jours, 45 jours fin de mois ou 60 jours, et calculer tes pénalités, puis Facture impayée : de la mise en demeure au commissaire de justice.
Si la facture est bien reçue et que le client ne la paie pas sans rien contester, la procédure simplifiée de recouvrement des créances commerciales non contestées, créée par la loi du 23 avril 2026, peut s'appliquer (Entreprendre Service Public, 27 avril 2026) :
- elle vise une créance ayant fait l'objet d'une facturation entre commerçants, certaine, liquide et exigible, sans seuil de montant ;
- un commissaire de justice, saisi par toi, adresse au débiteur un commandement de payer dans un délai d'un mois ;
- si la somme n'est ni payée ni contestée, il dresse un procès-verbal de non-contestation, au minimum 8 jours après la fin de ce délai, rendu exécutoire par le greffier du tribunal de commerce ;
- la procédure prend fin si le débiteur conteste la créance devant le juge, et les frais sont à la charge du débiteur.
Deux limites à garder en tête. D'abord, la page officielle indique que les modalités d'application seront précisées par décret : vérifie auprès d'un commissaire de justice que la procédure est opérationnelle avant de compter dessus. Ensuite, elle est faite pour les créances que personne ne conteste. Si ton client a déjà motivé un refus et maintient son désaccord, attends-toi à une contestation : la voie judiciaire, par exemple l'injonction de payer, sera alors plus adaptée. Et si ton activité ou celle de ton client n'est pas commerciale, demande au commissaire de justice si tu entres dans le champ.
Les erreurs fréquentes
- Traiter un rejet comme un refus : émettre un avoir et une nouvelle facture alors qu'il suffisait de corriger une donnée et de retransmettre.
- Réutiliser le numéro de la facture refusée pour la facture de remplacement.
- Tout annuler dès qu'un refus arrive, même quand tu estimes le motif infondé.
- Accepter un refus pour un litige commercial, sans demander en quoi il entre dans les motifs prévus.
- Côté acheteur, poser « refusée » pour retarder un paiement ou pour un désaccord sur la prestation : le statut n'est pas fait pour ça.
- Doubler chaque envoi par mail alors que les statuts montrent la facture bien mise à disposition : l'administration recommande de réserver les doubles aux cas où le flux a échoué (voir notre article sur les factures reçues en double).
- Relancer l'ancienne facture au lieu de celle qui la remplace.
- Ne rien garder : messages de rejet, motifs de refus et échanges sont tes preuves, auprès du client comme de l'administration.
Si les rejets se répètent sans explication de ta plateforme, voir Plateforme agréée de facturation électronique : comment choisir la tienne avant 2027 et Changer de plateforme agréée sans perdre une facture.
Sources
- DGFiP, « Facturation électronique : guide pratique de démarrage au 1er septembre 2026 », juillet 2026 (questions 7, 11, 12, 15, 17, 20, 28, 29)
- impots.gouv.fr, « Facturation électronique : l'émission de factures électroniques », version septembre 2025
- Entreprendre Service Public, actualité A18889 sur la procédure simplifiée de recouvrement des créances commerciales non contestées, 27 avril 2026
- Légifrance, loi n° 2026-307 du 23 avril 2026 (recouvrement simplifié des créances commerciales non contestées)