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Faux RIB : la procédure anti-fraude à mettre en place avec la vérification du bénéficiaire

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Depuis le 9 octobre 2025, ta banque compare le nom que tu saisis avec le titulaire réel de l'IBAN avant chaque virement en euros (Service Public, article du 29 septembre 2025). C'est une protection solide contre le faux RIB, à une condition : savoir quoi faire du résultat. Car si tu valides malgré l'alerte et que l'argent part chez un escroc, ta banque n'a plus à te rembourser. Voici comment lire chaque réponse, la procédure à écrire pour tout changement de RIB, le nom à mettre sur tes propres factures, et ce que la vérification ne voit pas.

Ce que fait la vérification du bénéficiaire, et ce qu'elle t'impose

La vérification du bénéficiaire (en anglais Verification of Payee, ou VoP) vient du règlement (UE) 2024/886. Elle s'applique aux virements instantanés comme aux virements classiques, quel que soit le canal (appli, site, agence), et elle est gratuite (article 5 ter du règlement). Les prestataires de la zone euro devaient la proposer au plus tard le 9 octobre 2025 (article 5 quater, paragraphe 9, du règlement, en vigueur en 2026).

Trois règles du texte comptent pour toi :

  • La décision reste la tienne. La banque ne peut pas t'empêcher de valider un virement après une alerte (article 5 quater, paragraphe 5).
  • Si tu valides malgré une alerte, la banque n'est pas responsable d'un virement parti sur le mauvais compte, dès lors qu'elle a bien fait la vérification (article 5 quater, paragraphe 8). Elle doit d'ailleurs t'informer de cette conséquence. À l'inverse, si c'est elle qui n'a pas fait la vérification correctement, elle doit te restituer le montant sans tarder.
  • Pour les virements groupés (fichiers de paie, de fournisseurs), une entreprise peut renoncer à la vérification, puis y revenir à tout moment (article 5 quater, paragraphe 6). Renoncer, c'est perdre le filet de sécurité sur tout le fichier.

Le « nom du bénéficiaire » contrôlé est défini par le règlement : pour une personne physique, ses nom et prénom ; pour une personne morale, son nom commercial ou sa dénomination sociale (article 1er du règlement, qui modifie l'article 2 du règlement 260/2012).

Les quatre résultats, et quoi faire devant chacun

Résultat affichéCe que ça veut direCe que tu fais
ConcordanceLe nom saisi correspond au titulaire de l'IBAN.Tu peux payer. Mais la concordance prouve seulement que le compte appartient au nom que tu as tapé, pas que ce nom est le bon destinataire (voir plus bas la fraude au président).
Concordance partielleLe nom est proche mais pas identique ; la banque t'affiche le nom réellement associé à l'IBAN.Lis ce nom. S'il s'agit bien de ton fournisseur (sa dénomination, son nom commercial, ou le nom de l'entrepreneur pour une entreprise individuelle), corrige la saisie et poursuis. Si c'est un nom sans rapport, tu arrêtes et tu appliques la procédure ci-dessous.
Non-concordanceLe nom ne correspond pas au titulaire du compte.Tu ne payes pas. Tu vérifies l'IBAN auprès du fournisseur par un canal déjà connu. C'est exactement le signal d'un faux RIB.
Vérification impossibleLa banque du bénéficiaire n'a pas répondu ou ne participe pas, ou il y a un problème technique.Personne n'a contrôlé ce virement. Pour un IBAN déjà payé sans problème et inchangé, tu peux décider de continuer. Pour un IBAN nouveau ou modifié, tu fais le rappel téléphonique avant de payer.

Pour savoir si le nom affiché en cas de concordance partielle est le bon, compare-le avec la dénomination officielle du fournisseur, par exemple via son numéro SIREN sur Pappers ou sur l'Annuaire des entreprises de l'État. Le guide Kbis, SIREN, SIRET, code APE explique où trouver ces informations.

La procédure écrite pour tout changement de RIB fournisseur

Cybermalveillance.gouv.fr recommande de diffuser des règles claires de confirmation des changements de coordonnées bancaires, avec une validation interne qui ne souffre pas d'exception (fiche réflexe FOVI). Voici une trame que tu peux adapter, même si tu es seul à payer les factures :

  1. Aucun changement de RIB n'est traité à partir du seul message reçu, qu'il arrive par mail, par courrier ou dans un PDF de facture.
  2. Rappel sur un numéro déjà connu : celui de ta fiche fournisseur, d'un ancien devis ou du site officiel, jamais celui écrit dans le message qui annonce le changement.
  3. Pendant l'appel, fais confirmer le nom du titulaire du nouveau compte et les quatre derniers caractères de l'IBAN. Note la date, l'heure et le nom de ton interlocuteur.
  4. Deuxième validation : si vous êtes plusieurs, une autre personne valide la modification dans ton outil de paiement. Si tu es seul, fixe-toi un délai (par exemple attendre le lendemain) avant de modifier la fiche.
  5. Premier virement vers le nouvel IBAN : tu exiges une concordance. Toute autre réponse renvoie à l'étape 2.
  6. Archive la preuve (note d'appel, mail de confirmation) avec la facture concernée.

Écris cette procédure en une page et range-la à côté de tes accès bancaires. Elle protège aussi la personne qui paye : face à un « fournisseur » insistant, elle a une règle à opposer.

Le nom exact à mettre sur tes propres factures

La vérification joue aussi quand tes clients te payent. Si le nom qu'ils saisissent ne correspond pas au titulaire de ton compte, ils verront une concordance partielle ou une non-concordance, et un client prudent bloquera le paiement. Service Public conseille d'ailleurs d'utiliser des noms complets et exacts lors des virements (Service Public).

  • Repère le nom du titulaire tel qu'il figure sur ton RIB, édité depuis ton espace bancaire. C'est ce nom que la banque de ton client va comparer.
  • Fais figurer ce nom en clair à côté de l'IBAN sur tes factures et devis, avec la mention « titulaire du compte ».
  • Si tu factures sous un nom commercial, vérifie auprès de ta banque qu'il est rattaché à ton compte ; sinon, indique les deux (« Studio X – compte au nom de Prénom Nom »).
  • Mets à jour ton modèle de facture dans ton logiciel (Indy Facturation, Freebe, Abby ou autre) pour que le titulaire apparaisse sur chaque document.

Exemple fictif, à titre d'illustration : Camille Martin est micro-entrepreneuse, facture sous le nom « Atelier Lumen », et son compte professionnel est ouvert au nom « Camille Martin ». Si son client saisit « Atelier Lumen », il risque une concordance partielle ou une non-concordance, selon les données dont dispose la banque de Camille. Avec « Atelier Lumen – compte au nom de Camille Martin » sur la facture, le client sait quoi taper. Le résultat réel dépend de chaque banque.

Ce que la vérification ne couvre pas

La vérification compare un nom et un IBAN. Elle ne sait pas si tu dois réellement de l'argent à ce bénéficiaire. Dans une « fraude au président », un escroc se fait passer pour un dirigeant et demande un virement urgent et confidentiel (Cybermalveillance.gouv.fr). Il fournit lui-même le nom et l'IBAN : la personne saisit le nom donné, la banque répond « concordance », et le virement part. Même chose si l'escroc ouvre un compte au nom d'une société dont le nom ressemble à celui de ton fournisseur.

Les parades sont donc ailleurs :

  • tout virement imprévu ou « urgent » se confirme par un autre canal, auprès de la personne censée le demander ;
  • les comptes de messagerie sont protégés par des mots de passe solides et la double authentification, car beaucoup de ces fraudes partent d'une boîte mail piratée (un gestionnaire comme Bitwarden ou 1Password aide à tenir des mots de passe différents) ;
  • tu limites les informations publiques qui permettent d'identifier qui, chez toi, peut ordonner un virement.

Si un virement frauduleux est parti, la fiche de Cybermalveillance.gouv.fr donne l'ordre des actions : identifier les virements concernés, demander leur suspension s'ils ne sont pas exécutés, alerter ta banque au plus vite pour demander le retour des fonds, conserver les preuves, changer le mot de passe de la messagerie piratée, puis porter plainte au commissariat ou à la gendarmerie. Ta banque peut exiger le dépôt de plainte pour tenter de récupérer les sommes. Le dispositif d'assistance est présenté sur la fiche Cybermalveillance.gouv.fr du catalogue.

Les erreurs fréquentes

  • Cliquer sur « continuer » par habitude devant une non-concordance, parce que le message ressemble aux alertes habituelles de l'appli. C'est précisément le cas où la banque n'est plus responsable.
  • Corriger le nom pour « faire passer » le virement en recopiant le nom affiché, sans vérifier que ce nom est bien celui de ton fournisseur.
  • Rappeler le numéro indiqué dans le mail qui annonce le nouveau RIB : tu tombes sur l'escroc.
  • Renoncer à la vérification pour un fichier de virements groupés pour gagner du temps, sans contrôle de remplacement.
  • Croire qu'une concordance garantit la légitimité du paiement : elle ne protège pas d'une fraude au président.
  • Laisser sur tes factures un nom différent du titulaire de ton compte, et faire bloquer tes propres encaissements.

Sources

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