Le Lab Entrepreneur

Infirmier libéral : les démarches pour t’installer et être conventionné

Publié le · Lecture : 20 min

PartagerLinkedInXWhatsApp

Ce guide est pour toi si…

  • tu es infirmier ou infirmière diplômé d'État, salarié à l'hôpital, en clinique ou en Ehpad, et tu penses à passer en libéral ;
  • tu veux savoir ce qu'il faut avoir fait avant de pouvoir t'installer, et dans quel ordre faire les démarches ;
  • tu hésites entre remplacer, devenir collaborateur ou ouvrir ton propre cabinet ;
  • tu as entendu dire qu'on peut être infirmier « auto-entrepreneur » et tu veux savoir ce qu'il en est vraiment.

Le passage en libéral n'est pas une simple déclaration d'activité. Deux organismes doivent te dire oui : l'Ordre national des infirmiers et la caisse primaire d'assurance maladie (CPAM). Dans certaines zones, une règle de répartition des infirmiers sur le territoire limite en plus les installations. Ce guide te montre comment les enchaîner sans perdre de temps, et ce qui change ensuite dans ta vie de tous les jours : facturation, cotisations, impôts, déchets de soins.

En deux minutes

QuestionRéponse courte
Quel diplôme ?Le diplôme d'État d'infirmier (ou une autorisation d'exercice si ton diplôme vient d'un pays hors Union européenne).
Quelle expérience avant le libéral ?24 mois d'exercice, soit 3 200 heures, sur les 6 dernières années, en hôpital, clinique, centre de soins, Ehpad, SSIAD…
Inscription à l'Ordre ?Obligatoire. Cotisation 2026 : 85 € par an pour un libéral (35 € pour un salarié).
Où s'installer ?Pas partout librement : en zone « sur-dotée », il faut en principe qu'un infirmier libéral conventionné de la zone arrête son activité.
Auto-entrepreneur possible ?Non. L'Ordre rappelle qu'un infirmier libéral ne peut pas exercer en auto-entreprise.
TVA ?Tes soins sont exonérés de TVA : tu ne factures pas de TVA à tes patients.
Assurance ?Responsabilité civile professionnelle obligatoire avant le premier soin.
Retraite ?CARPIMKO, qui t'envoie ses appels de cotisations directement.

Les mots à connaître

  • IDEL : infirmier diplômé d'État libéral. C'est l'abréviation que tu verras partout.
  • Ordre national des infirmiers (ONI) : l'organisme professionnel auquel tout infirmier doit être inscrit pour exercer. Tu dépends du conseil départemental (ou interdépartemental) de l'Ordre de ton lieu d'exercice.
  • RPPS : le répertoire partagé des professionnels de santé. Ton numéro RPPS t'identifie comme professionnel de santé auprès de tous les organismes.
  • Convention : l'accord national entre les infirmiers libéraux et l'Assurance maladie. Être « conventionné », c'est appliquer ses tarifs : tes patients sont alors remboursés.
  • Zonage : le classement des communes selon le nombre d'infirmiers libéraux par habitant, fixé par l'agence régionale de santé (ARS). Il va des zones « très sous-dotées » aux zones « sur-dotées ».
  • NGAP et AMI : la NGAP est la nomenclature qui fixe la cotation de chaque acte. L'AMI est la « lettre clé » des actes infirmiers : un acte coté AMI 2 vaut deux fois la valeur de l'AMI.
  • Carte CPS : ta carte de professionnel de santé. Avec la carte Vitale du patient, elle sert à télétransmettre tes feuilles de soins.
  • PAMC : praticiens et auxiliaires médicaux conventionnés. C'est le régime social des infirmiers libéraux conventionnés.
  • CARPIMKO : la caisse de retraite des infirmiers, kinésithérapeutes, pédicures-podologues, orthophonistes et orthoptistes.
  • BNC : bénéfices non commerciaux, la catégorie d'impôt de tes revenus libéraux.
  • DASRI : déchets d'activités de soins à risques infectieux (aiguilles, compresses souillées…). Tu es responsable de leur élimination.
  • Remplaçant, collaborateur, titulaire : le titulaire a son cabinet ; le remplaçant soigne ses patients pendant son absence ; le collaborateur exerce aux côtés du titulaire avec sa propre patientèle.

Avant de commencer : ce qu'il faut vérifier

1. Ton expérience

C'est la première condition, et la plus souvent mal comptée. Selon l'Ordre national des infirmiers, tu dois avoir cumulé 24 mois d'exercice professionnel, soit 3 200 heures, au cours des 6 dernières années, après l'obtention de ton diplôme. Cette expérience s'acquiert en hôpital, en clinique, en centre de soins, en Ehpad, en service de soins infirmiers à domicile (SSIAD) ou dans une association humanitaire.

Ce qui compte, ce sont les heures réellement travaillées. Un temps partiel allonge donc la durée nécessaire. Rassemble tes attestations d'employeur et, à défaut, tes bulletins de salaire : c'est ta CPAM qui vérifie ce temps d'exercice. Certaines caisses ont même un formulaire en ligne pour ce calcul, avec la liste des pièces à fournir (attestation employeur ou bulletins, diplôme d'État, CV, pièce d'identité, attestation de droits ou carte Vitale), comme celui de la CPAM de Saône-et-Loire.

2. Le zonage de la commune visée

Avant de signer un bail ou de racheter une patientèle, vérifie dans quelle zone se trouve la commune. Selon l'Ordre, dans une zone sur-dotée, tu ne peux être conventionné que si un infirmier libéral conventionné de la zone cesse définitivement son activité, ou si tu reprends un cabinet existant ou rejoins un cabinet de groupe. Ailleurs, l'installation est plus libre, et les zones les moins bien pourvues ouvrent droit à des contrats d'aide de l'Assurance maladie.

Le classement de ta commune se trouve sur le site de ton ARS (rubrique « Où m'installer ? » du portail d'accompagnement des professionnels de santé) et auprès de la CPAM du lieu d'installation, qui reste ton meilleur interlocuteur sur ce point.

Les règles changent : l'avenant n° 11 à la convention des infirmiers, publié au Journal officiel du 6 mai 2026, a modifié des règles d'installation et de remplacement. Avant tout engagement, demande à ta CPAM ce qui s'applique dans ta commune.

3. Ton projet d'exercice

Trois façons de démarrer, qui ne demandent pas les mêmes démarches :

  • Remplacer : tu soignes les patients d'un infirmier installé pendant ses absences. Il te faut une autorisation de remplacement de l'Ordre. C'est souvent la porte d'entrée pour découvrir le libéral.
  • Devenir collaborateur : tu exerces dans le cabinet d'un titulaire, avec ta propre patientèle, et tu lui verses une redevance prévue au contrat. Pas besoin d'autorisation de remplacement.
  • T'installer comme titulaire : seul, en cabinet de groupe ou en reprenant la patientèle d'un infirmier qui part.

4. Ton budget de départ

Avant les premiers paiements de l'Assurance maladie, tu auras des dépenses : véhicule (la plupart des soins se font à domicile), logiciel de facturation et lecteur de cartes, matériel, assurance, éventuellement loyer du cabinet et rachat de patientèle. Le prévisionnel financier du Lab t'aide à chiffrer ce qu'il te faut pour tenir les premiers mois.

Les étapes, dans l'ordre

Étape 1 : s'inscrire (ou changer d'inscription) à l'Ordre

Si tu es déjà inscrit comme salarié, tu modifies ton mode d'exercice depuis ton espace personnel sur le site de l'Ordre. Sinon, tu demandes ton inscription au tableau du conseil départemental de ton lieu d'exercice.

Ce que vérifie l'Ordre, d'après Entreprendre.Service-Public : ton diplôme (ou ton autorisation d'exercice), le bulletin n° 2 de ton casier judiciaire, ta maîtrise du français, l'absence d'état de santé incompatible avec l'exercice, et ton engagement écrit à respecter le code de déontologie.

  • Délai : une fois le dossier complet, le conseil départemental se prononce dans un délai de 3 mois au plus. Tu reçois la notification d'inscription dans la semaine qui suit la décision. Sans réponse dans le délai, la demande est considérée comme rejetée : relance avant.
  • Cotisation 2026 (source) : 85 € pour un libéral (remplaçants compris) ou un exercice mixte, 35 € pour un salarié, 170 € pour une société. Elle couvre l'année civile et est appelée selon ton mode d'exercice au 1er janvier, sans prorata. Si tu as obtenu ton diplôme dans l'année, tu ne paies ta première cotisation que l'année suivante.
  • Ce que tu obtiens : ton inscription au tableau. C'est l'Ordre qui t'enregistre au RPPS : si tu étais déjà inscrit comme salarié, tu gardes ton numéro RPPS, seul ton mode d'exercice change.

Étape 2 : souscrire ton assurance responsabilité civile professionnelle

Le code de la santé publique (article L1142-2) impose aux professionnels de santé libéraux de s'assurer pour leur responsabilité civile. Exercer sans cette assurance expose à une amende pouvant aller jusqu'à 45 000 € et à des sanctions disciplinaires. Fais-la démarrer au plus tard le jour de ton premier soin, remplacements compris. Compare les garanties (montants couverts, protection juridique, défense devant l'Ordre) plutôt que le seul prix.

Étape 3 : déclarer ton activité au guichet unique

Comme toute activité indépendante, ton début d'activité se déclare en ligne sur le guichet des formalités des entreprises. Ta déclaration est transmise à l'Urssaf et aux organismes sociaux. C'est aussi par ce guichet que tu déclareras plus tard tout changement (adresse du cabinet, cessation), comme le rappelle la fiche Praticiens et auxiliaires médicaux conventionnés.

Choisis l'entreprise individuelle si tu exerces seul : c'est la forme la plus courante pour démarrer. N'opte pas pour le régime « micro-entrepreneur » : il n'est pas ouvert aux infirmiers libéraux (voir plus bas).

Étape 4 : te faire enregistrer et conventionner par la CPAM

C'est l'étape décisive : sans conventionnement, tes patients ne sont pas remboursés et ton activité n'est pas viable. Prends rendez-vous avec le service des relations avec les professionnels de santé de la CPAM du lieu d'installation, avec :

  • ton diplôme d'État et ton attestation d'inscription à l'Ordre ;
  • les justificatifs de tes 3 200 heures d'expérience ;
  • l'adresse de ton cabinet (et, en zone sur-dotée, la preuve du départ que tu remplaces ou du cabinet que tu rejoins) ;
  • ton relevé d'identité bancaire professionnel.

La CPAM vérifie les conditions, enregistre ton adhésion à la convention et t'indique les aides possibles dans ta zone.

Ta carte de professionnel de santé (CPS), nécessaire pour télétransmettre, est fabriquée et envoyée par l'Agence du numérique en santé. La première demande se fait sur le portail MA-CPS, une fois tes données RPPS à jour ; la carte est ensuite renouvelée automatiquement tous les 3 ans (ARS Nouvelle-Aquitaine). Fais cette demande en même temps que ton rendez-vous à la CPAM, pour avoir la carte avant ton premier soin. Si tu enregistres ton numéro de mobile et ton e-mail dans le RPPS, tu disposes aussi d'une e-CPS sur ton téléphone.

Étape 5 : t'équiper pour facturer

Tu factures tes soins à l'Assurance maladie par télétransmission : un logiciel de facturation compatible SESAM-Vitale, un lecteur de cartes, ta carte CPS et la carte Vitale du patient. Choisis le logiciel avant ton premier jour : sans lui, tu devrais faire des feuilles de soins papier, plus lentes à être payées.

Tes tarifs sont ceux de la convention. L'avenant n° 11 porte la valeur de l'AMI à 3,35 € à l'issue du délai légal de six mois après son approbation (soit début novembre 2026, sauf report), puis à 3,45 € au 1er novembre 2027 (Journal officiel du 6 mai 2026). Ta CPAM et ton logiciel te confirment la valeur en vigueur. À 3,35 €, un acte coté AMI 2 vaut 2 × 3,35 € = 6,70 € en métropole, auxquels s'ajoutent selon les cas les indemnités de déplacement et les majorations prévues par la nomenclature.

Étape 6 : organiser l'élimination de tes déchets de soins

Tu es responsable de l'élimination des DASRI que tu produis, même quand un prestataire les emporte. Un infirmier libéral en produit en moyenne 4 kg par mois, selon l'ARS Île-de-France. Ils ne doivent jamais rester chez le patient ni finir dans une poubelle ordinaire. Deux solutions : un contrat avec une société de collecte (conteneurs, enlèvement, documents de traçabilité), ou une convention avec un établissement de santé ou un laboratoire qui accepte tes déchets.

Étape 7 : préparer tes cotisations et ta retraite

Comme praticien ou auxiliaire médical conventionné, tu relèves d'un régime social propre, rattaché au régime général (fiche PAMC) :

  • tes cotisations sociales sont dues dès le début d'activité, mais les premiers paiements n'interviennent qu'après au moins 90 jours ;
  • pendant tes deux premières années, elles sont calculées à titre provisoire sur une base forfaitaire, puis régularisées sur tes revenus réels : mets de côté une part de chaque encaissement ;
  • tu paies en ligne, chaque mois ou chaque trimestre ;
  • chaque année, ta déclaration de revenus (avec son volet social) donne ton revenu réel, qui sert à régulariser les cotisations provisionnelles ;
  • sur tes revenus conventionnés, l'Assurance maladie prend en charge une partie de tes cotisations ;
  • ta retraite relève de la CARPIMKO, qui appelle elle-même ses cotisations (elles ne passent pas par l'Urssaf).

Ton statut, tes impôts et la TVA

Pas d'auto-entreprise

Dans sa FAQ juridique, l'Ordre répond clairement : un infirmier ne peut pas exercer en libéral sous le statut d'auto-entrepreneur. Il relève de la CARPIMKO et non de la Cipav, et le code de la santé publique prévoit deux modes d'exercice : salarié ou libéral.

Entreprise individuelle ou société

Pour démarrer seul, l'entreprise individuelle suffit. À plusieurs, on peut partager les frais dans une société civile de moyens (SCM), ou exercer ensemble dans une société d'exercice libéral (SEL). Dans tous les cas, les contrats d'exercice à plusieurs doivent être écrits et communiqués au conseil départemental de l'Ordre dans le mois qui suit leur signature (FAQ de l'Ordre).

L'impôt sur le revenu

Tes revenus sont des bénéfices non commerciaux (BNC). Deux régimes existent :

  • le régime micro-BNC, si tes recettes restent sous le seuil de l'année (le vérificateur de seuils te donne le montant) : tu déclares tes recettes et l'administration applique un abattement forfaitaire de 34 % pour tes frais. Ce régime fiscal n'a rien à voir avec l'auto-entreprise : il ne change pas ton régime social ;
  • la déclaration contrôlée : tu déclares tes recettes moins tes frais réels, avec une comptabilité de trésorerie. Elle devient intéressante quand tes frais (véhicule, cabinet, matériel) dépassent 34 % de tes recettes.

La brochure fiscale sur les praticiens et auxiliaires médicaux détaille comment reporter ces revenus. Pour savoir où tu en es par rapport au seuil, utilise le vérificateur de seuils.

La TVA

Tes soins sont exonérés de TVA : l'exonération des soins à la personne s'applique aux membres des professions paramédicales réglementées, dont les infirmiers, qui exercent en indépendant (Bofip, BOI-TVA-CHAMP-30-10-20-10). Tu n'as donc pas à suivre le seuil de franchise de TVA pour tes soins. Une activité sans lien avec les soins (formation, vente de produits) suivrait d'autres règles : vérifie-les avant de la lancer.

Tes premières semaines

Les démarches faites, il reste à remplir ta tournée. Rien ici n'est une obligation légale : ce sont les points d'organisation qui font la différence au démarrage.

Te faire connaître des bonnes personnes

Tes patients arrivent surtout par les prescripteurs et les professionnels qui les entourent : médecins généralistes, pharmacies, services de sortie d'hospitalisation, SSIAD, assistantes sociales du secteur. Présente-toi, laisse tes coordonnées et dis clairement tes horaires et ton secteur de tournée. Ta communication reste encadrée par le code de déontologie : informative, sans démarchage. L'Ordre diffuse une charte à suivre si tu crées un site internet.

Organiser ta tournée

Regroupe tes patients par secteur et par créneau (les injections à heure fixe, les toilettes du matin, les pansements plus souples). Prévois dès le départ qui te remplace pendant tes congés ou en cas de maladie : la continuité des soins fait partie de tes devoirs, et tes patients ont besoin de savoir qui viendra.

Suivre ton argent dès le premier jour

Ouvre un compte bancaire réservé à ton activité, même si tu exerces en entreprise individuelle : tes encaissements de l'Assurance maladie, des mutuelles et des patients y arrivent, tes frais en partent. Chaque semaine, rapproche les paiements reçus des soins facturés : un rejet de télétransmission non repéré, c'est un soin non payé. Note aussi tes kilomètres : ils comptent dans tes frais si tu passes un jour à la déclaration contrôlée.

Garder tes papiers en ordre

Classe au même endroit ton attestation d'inscription à l'Ordre, ton attestation d'assurance, tes contrats (groupe, collaboration, remplacement), ton contrat DASRI et les courriers de la CPAM. Ce sont les documents qu'on te demandera en cas de contrôle, de déménagement de cabinet ou de changement de mode d'exercice.

Cas particuliers

Tu veux d'abord remplacer

Selon la FAQ de l'Ordre, l'autorisation de remplacement est délivrée à l'infirmier non installé par le conseil départemental où il est inscrit, en ligne depuis son espace personnel. Elle vaut sur tout le territoire pendant un an, renouvelable : fais la demande au moins 2 mois avant l'échéance. Tu ne peux pas remplacer plus de deux infirmiers à la fois. Remplacer sans autorisation expose à des sanctions disciplinaires, et la CPAM risque de ne pas rembourser les soins.

Pour remplacer aussi, une durée minimale d'exercice est exigée : l'Ordre indique que les conditions d'expérience s'appliquent également aux remplaçants. Fais confirmer le nombre d'heures demandé par ta CPAM et ton conseil départemental de l'Ordre avant de chercher tes premiers remplacements.

Comme remplaçant, tu es toi aussi un libéral : tu déclares ton activité sur le guichet unique, tu t'assures, tu cotises et tu as ta propre carte CPS. Signe avec chaque titulaire un contrat de remplacement écrit. Enfin, l'avenant n° 11 prévoit un encadrement renforcé des remplaçants dans les années qui viennent, notamment de leur volume d'activité : renseigne-toi auprès de la CPAM avant de bâtir tout ton projet sur le remplacement.

Tu deviens collaborateur

Le collaborateur est assimilé à un infirmier installé : il n'a pas besoin d'autorisation de remplacement, peut poser sa plaque dans les mêmes conditions que le titulaire et encaisse ses propres honoraires. S'il exerce dans deux cabinets différents, il lui faut une autorisation de cabinet secondaire de l'Ordre.

Tu reprends une patientèle

Le contrat de cession de patientèle doit être transmis par chacun au conseil de l'Ordre dont il relève dans le mois qui suit la signature. En zone sur-dotée, la reprise d'un cabinet est l'une des voies d'accès au conventionnement : fais confirmer ce point par écrit par la CPAM avant de signer.

Ton diplôme a été obtenu à l'étranger

Un diplôme obtenu dans un autre pays de l'Union européenne ou de l'Espace économique européen est en principe reconnu. Hors de ces pays, il faut une autorisation d'exercice, demandée à la DREETS : une commission rend un avis et peut exiger une épreuve d'aptitude ou un stage d'adaptation (fiche Infirmier).

Tu gardes une activité salariée

L'exercice mixte est possible. Côté Ordre, la cotisation est alors celle d'un libéral (85 € en 2026). Vérifie aussi ce que ton contrat de travail prévoit sur le cumul d'activités.

Un exemple complet suivi

Exemple fictif, pour illustrer l'ordre des démarches.

Inès est infirmière depuis quatre ans, à temps plein, dans un service de médecine d'un hôpital. Elle veut s'installer dans la petite ville où elle habite, avec deux infirmières libérales qui cherchent une troisième associée pour leur cabinet de groupe.

  1. Septembre : l'expérience. Quatre ans à temps plein, c'est bien plus que 3 200 heures sur les six dernières années. Elle demande à son employeur une attestation de ses périodes de travail.
  2. Septembre : le zonage. Elle consulte le classement de sa commune sur le site de l'ARS : zone intermédiaire. Elle appelle la CPAM, qui lui confirme les conditions d'installation pour cette commune.
  3. Octobre : le projet. Les trois infirmières rédigent un contrat d'exercice en groupe et partagent le loyer et le secrétariat dans une SCM. Le contrat est signé le 15 octobre et envoyé au conseil départemental de l'Ordre avant le 15 novembre.
  4. Octobre : l'Ordre. Inès, inscrite comme salariée, passe en mode d'exercice libéral depuis son espace personnel. Pour 2026, elle a déjà payé 35 € comme salariée : la cotisation n'est pas recalculée en cours d'année. En 2027, elle paiera la cotisation d'un libéral.
  5. Novembre : l'assurance et le guichet unique. Elle souscrit une assurance responsabilité civile professionnelle qui démarre le 1er décembre, puis déclare son début d'activité en entreprise individuelle sur le guichet des formalités, au 1er décembre.
  6. Novembre : la CPAM. Rendez-vous au service des relations avec les professionnels de santé : diplôme, inscription à l'Ordre, attestation d'expérience, contrat de groupe, RIB professionnel. Son conventionnement est enregistré. Le même jour, elle a commandé sa carte CPS sur le portail MA-CPS, pour la recevoir avant le 1er décembre.
  7. Novembre : l'équipement. Logiciel de facturation compatible SESAM-Vitale, lecteur de cartes, contrat avec une société de collecte des DASRI, comme ses deux associées.
  8. Décembre : les premiers soins. Elle télétransmet ses feuilles de soins chaque soir. Avec l'AMI à 3,35 €, un pansement coté AMI 2 lui rapporte 6,70 € hors indemnités de déplacement et majorations.
  9. Les premiers mois : les cotisations. Ses premières cotisations sociales provisionnelles arrivent après au moins 90 jours. Elle met de côté une part fixe de chaque virement de l'Assurance maladie, pour les cotisations, la CARPIMKO et l'impôt.
  10. L'impôt. Pour sa première année complète, elle estime ses recettes à 40 000 €. Au régime micro-BNC, son bénéfice imposable serait de 40 000 × 66 % = 26 400 €. Ses frais réels (voiture, part du loyer, logiciel, assurance) étant proches de 34 % de ses recettes, elle demande conseil avant de choisir entre micro-BNC et déclaration contrôlée.

Les questions qu'on se pose

Puis-je m'installer en libéral dès la sortie de l'école ?

Non, pas en tant que conventionné. Il te faut d'abord 24 mois d'exercice, soit 3 200 heures, au cours des 6 dernières années, dans une structure de soins. Une durée minimale d'exercice est aussi exigée pour remplacer : fais-la confirmer par ta CPAM.

Puis-je être infirmier auto-entrepreneur ?

Non. L'Ordre indique qu'un infirmier libéral ne peut pas exercer sous le régime de l'auto-entreprise. Tu peux en revanche être imposé au régime micro-BNC si tes recettes restent sous le seuil : c'est un régime d'impôt, pas un statut.

Dois-je facturer la TVA à mes patients ?

Non. Les soins dispensés par un infirmier qui exerce en indépendant sont exonérés de TVA.

Combien coûte l'inscription à l'Ordre ?

En 2026, 85 € par an pour un libéral ou un remplaçant, 170 € pour une société. Les nouveaux diplômés ne paient pas la cotisation de l'année de leur diplôme.

Puis-je m'installer où je veux ?

Pas toujours. En zone sur-dotée, le conventionnement n'est possible que si un infirmier libéral conventionné de la zone arrête son activité, ou si tu reprends un cabinet ou rejoins un cabinet de groupe. Vérifie le classement de la commune avant de t'engager.

Qui délivre la carte CPS ?

L'Agence du numérique en santé. Tu fais la première demande sur le portail MA-CPS dès que ton inscription à l'Ordre (et donc ton RPPS) est à jour. Sans elle, tu ne peux pas télétransmettre : demande-la en même temps que ton conventionnement.

Quand vais-je payer mes premières cotisations ?

Elles sont dues dès le début de l'activité, mais les premiers paiements n'interviennent qu'après au moins 90 jours. La CARPIMKO, elle, t'envoie ses propres appels pour la retraite.

Ai-je besoin d'un local ?

La plupart des soins se font au domicile des patients, mais tu dois avoir un lieu d'exercice déclaré à l'Ordre et à la CPAM. Un second lieu d'exercice demande une autorisation de cabinet secondaire de l'Ordre.

Que faire de mes aiguilles et compresses usagées ?

Tu en es responsable jusqu'à leur élimination : contrat avec une société de collecte ou convention avec un établissement qui les accepte. Jamais de déchets de soins laissés chez le patient ou dans une poubelle ordinaire.

Les erreurs fréquentes

  • Signer un bail avant de connaître le zonage. En zone sur-dotée, sans départ à remplacer ni cabinet à reprendre, tu risques de ne pas être conventionné.
  • Compter ses années au lieu de ses heures. Un temps partiel ne fait pas 3 200 heures en 24 mois : additionne les heures réellement travaillées.
  • Remplacer sans autorisation de l'Ordre. Sanction disciplinaire possible et soins qui risquent de ne pas être remboursés.
  • S'inscrire en micro-entrepreneur. Ce régime n'est pas ouvert aux infirmiers libéraux ; il faudra défaire la formalité.
  • Commencer sans assurance responsabilité civile. Elle est obligatoire dès le premier soin, remplacements compris.
  • Dépenser tous ses premiers encaissements. Les cotisations provisionnelles, la régularisation, la CARPIMKO et l'impôt arrivent avec un décalage.
  • Oublier d'envoyer ses contrats à l'Ordre. Contrat de groupe, de collaboration ou de cession : à communiquer dans le mois qui suit la signature.
  • Jeter des DASRI avec les ordures ménagères. Tu restes responsable de leur élimination jusqu'au bout.

Ta checklist

  • J'ai vérifié mes 3 200 heures sur les 6 dernières années et réuni mes attestations.
  • J'ai vérifié le zonage de la commune et appelé la CPAM avant de m'engager.
  • Je suis inscrit à l'Ordre en mode d'exercice libéral (ou j'ai mon autorisation de remplacement).
  • Mon assurance responsabilité civile professionnelle démarre au plus tard le jour de mon premier soin.
  • J'ai déclaré mon activité sur le guichet des formalités, sans choisir le régime micro-entrepreneur.
  • La CPAM a enregistré mon conventionnement.
  • J'ai commandé ma carte CPS sur le portail MA-CPS et je l'ai reçue avant mon premier soin.
  • Mon logiciel de facturation et mon lecteur de cartes sont prêts.
  • J'ai un contrat ou une convention pour l'élimination de mes DASRI.
  • Mes contrats (groupe, collaboration, cession) sont envoyés à l'Ordre dans le mois.
  • Je mets de côté une part de chaque encaissement pour les cotisations, la CARPIMKO et l'impôt.

Le métier sur Ulydia

Pour découvrir le métier d'infirmier, les études qui y mènent et les écoles qui y préparent, consulte sa fiche sur Ulydia, la plateforme d'orientation éditée par la même maison mère que le Lab : Infirmier.

Le diplôme sur Ulydia

Pour en savoir plus sur ce diplôme, consulte sa fiche sur Ulydia. Le diplôme ou l'expérience exigés pour t'installer sont ceux indiqués plus haut dans ce guide : le diplôme seul ne suffit pas pour exercer en libéral.

En résumé

Pour devenir infirmier libéral, il te faut le diplôme d'État et 24 mois (3 200 heures) d'exercice sur les 6 dernières années. Vérifie le zonage avant tout engagement, inscris-toi à l'Ordre en mode libéral, assure ta responsabilité civile, déclare ton activité sur le guichet unique (pas en micro-entreprise), puis fais-toi conventionner par la CPAM et commande ta carte CPS pour télétransmettre. Tes soins sont exonérés de TVA, tes revenus sont des BNC, ta retraite relève de la CARPIMKO, et tes déchets de soins restent sous ta responsabilité.

Sources officielles

Vérifié en novembre 2026.

Utile ? Partage-le à quelqu’un qui en a besoin.

LinkedInXFacebookWhatsAppE-mail

Ce guide est informatif et ne remplace pas l'avis d'un professionnel. Les règles et les montants évoluent : vérifie sur les sites officiels avant toute démarche. Dernière vérification : 6 novembre 2026.