RGPD pour un indépendant : le minimum utile, outil par outil
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Tu es freelance, tu as un fichier clients, une newsletter, un outil de prise de rendez-vous et un espace de stockage en ligne. Sans le savoir, tu tiens déjà plusieurs « traitements de données personnelles » au sens du RGPD, et chacun de tes outils est un sous-traitant. Ce guide te donne le minimum utile : un registre prérempli à adapter, ce qu'il faut vérifier chez chaque outil, et ce que ton site doit afficher.
Pourquoi le registre te concerne même seul
Le seuil de 250 salariés est souvent mal compris. En dessous, le registre des traitements reste obligatoire dès que tu fais un traitement non occasionnel : la gestion des clients, des prospects ou des fournisseurs en fait partie, de même qu'un traitement risqué pour les personnes ou portant sur des données sensibles (Service Public Entreprendre, fiche vérifiée le 26 avril 2024). Un indépendant qui suit ses clients d'une mission à l'autre est donc concerné.
Le registre n'a pas de format imposé : il doit être écrit, sur papier ou en fichier. Un tableur suffit. Tes outils, eux, tiennent leur propre registre en tant que sous-traitants, ce qui ne te dispense pas du tien.
Ton registre prérempli, traitement par traitement
Une fiche par traitement, avec ces rubriques : responsable (toi), personnes concernées, catégories de données, finalité, destinataires et sous-traitants, durée de conservation, mesures de sécurité, transfert hors UE. Voici une base pour un freelance type. Remplace les noms d'outils par les tiens et fixe toi-même les durées : aucune n'est donnée ici, car elles dépendent de ta situation.
| Traitement | Personnes et données | Base légale | Sous-traitants à inscrire | À compléter |
|---|---|---|---|---|
| Gestion des clients, devis et factures | Clients et leurs contacts : identité, coordonnées, historique des missions, éléments de facturation | Exécution du contrat ; obligations légales pour la facturation | CRM, logiciel de facturation, stockage | Durée : celle de la relation, puis celle de tes obligations comptables (à vérifier avec ton comptable) |
| Prospection et newsletter | Prospects et abonnés : nom, e-mail, historique d'envoi et de désinscription | Consentement (sauf clients déjà acquis, pour des services similaires) | Outil d'e-mailing | Preuve du consentement, durée, transfert hors UE éventuel |
| Prise de rendez-vous | Personnes qui réservent : nom, e-mail, créneau, réponses au formulaire | Mesures précontractuelles à la demande de la personne | Outil de réservation, agenda connecté | Durée, questions du formulaire réellement utiles |
| Stockage des dossiers clients | Contacts présents dans les documents de mission | Exécution du contrat | Service de stockage en ligne | Qui a accès, sauvegardes, suppression en fin de mission |
| Formulaire de contact du site | Visiteurs : nom, e-mail, message | Réponse à leur demande | Hébergeur du site, outil de formulaire | Durée, interdiction de réutiliser l'e-mail pour ta newsletter sans accord |
Les bases légales ci-dessus reprennent la logique de la fiche officielle : le consentement n'est pas systématique, mais il est requis pour la prospection électronique, sauf si la personne est déjà cliente et que tu lui proposes des services similaires (Service Public Entreprendre, 2024). La colonne « Sous-traitants » est celle qu'on oublie le plus : c'est elle qui te pousse à contrôler chaque outil.
Tes outils sont des sous-traitants : les 5 vérifications
Un hébergeur, un service d'envoi d'e-mails ou un outil de rendez-vous traite les données pour ton compte. Tu dois choisir des prestataires offrant des garanties suffisantes et être lié à eux par un contrat qui fixe l'objet, la durée, la finalité du traitement et les obligations de chacun (Service Public Entreprendre, 2024). Chez les éditeurs, ce contrat s'appelle souvent DPA (Data Processing Agreement).
- Le contrat existe-t-il, et comment s'applique-t-il ? Intégré aux conditions d'utilisation, ou à signer à part. Garde une copie datée dans ton dossier RGPD.
- Où sont hébergées les données ? Dans l'UE, ou dans un autre pays.
- Si c'est hors UE, sur quelle base ? Décision d'adéquation de la Commission européenne, ou garanties comme les clauses contractuelles types. La CNIL publie la liste des pays adéquats.
- Qui sont ses propres sous-traitants ? Ton prestataire doit t'en informer et te permettre de t'y opposer.
- Que deviennent les données à la fin ? Le contrat doit prévoir leur restitution et leur destruction.
Quatre outils du catalogue passés au crible
Ce tableau reprend uniquement ce que les éditeurs indiquent sur leurs propres pages. Vérifie-le à nouveau au moment où tu t'abonnes : ces informations changent.
| Usage | Outil | Contrat de sous-traitance | Hébergement | À noter dans ton registre |
|---|---|---|---|---|
| E-mailing | Brevo | Section DPA en fin de ses conditions générales d'utilisation | Serveurs situés dans l'Union européenne, selon son centre d'aide | Pas de transfert hors UE annoncé pour le stockage |
| Prise de rendez-vous | Calendly | DPA publié sur son site, intégré à ses conditions clients, avec clauses contractuelles types | Centres de données aux États-Unis | Transfert hors UE à mentionner ; l'éditeur fournit sur demande une FAQ pour l'analyse d'impact du transfert |
| CRM | HubSpot | DPA publié sur son espace juridique | Centres de données dans l'UE, au Canada, en Australie et aux États-Unis. Les comptes n'utilisant que l'offre gratuite sont affectés aux États-Unis | Vérifie l'emplacement dans les paramètres du compte (rubrique « Account Defaults », onglet « Data Hosting » dans l'interface en anglais) ; la migration est gratuite pour les clients payants |
| Stockage | kDrive (Infomaniak) | Accord sur le traitement des données décrivant ses engagements de sous-traitant | Centres de données situés exclusivement en Suisse | La Suisse est hors UE : vérifie son statut sur la liste des pays adéquats de la CNIL ; un DPO est joignable chez l'éditeur |
Le cas HubSpot illustre un piège fréquent : beaucoup d'indépendants démarrent avec l'offre gratuite d'un outil américain et supposent que l'option d'hébergement européen s'applique à eux. Regarde le réglage de ton compte plutôt que la page marketing.
Ce que ton site doit afficher
Les mentions légales
Ton identité (nom et prénom avec la mention « EI » si tu es en entreprise individuelle, ou dénomination, forme et capital pour une société), tes coordonnées, ton numéro d'immatriculation, ton numéro de TVA s'il s'applique, et le nom, l'adresse et le téléphone de ton hébergeur. L'absence de ces mentions est punie de 75 000 € d'amende pour une entreprise individuelle et de 375 000 € pour une société (Service Public Entreprendre, fiche vérifiée le 13 octobre 2026).
La politique de confidentialité
Une page distincte de tes CGV ou CGU, accessible depuis chaque page, qui reprend en clair ton registre : qui tu es, quelles données, pourquoi, sur quelle base, qui les reçoit (tes sous-traitants), combien de temps, les droits des personnes et comment les exercer, le droit de saisir la CNIL, et les transferts hors UE, par exemple vers ton outil de rendez-vous. Ne pas informer les personnes est puni d'une amende pénale de 1 500 € pour un entrepreneur individuel et de 7 500 € pour une société (Service Public Entreprendre, 2024).
Les cookies des outils intégrés
Un module de réservation ou un lecteur vidéo intégré à ton site peut déposer ses propres cookies. Recense-les, demande l'accord avant ceux qui l'exigent, rends le refus aussi simple que l'acceptation et laisse un lien « Gérer mes cookies » sur toutes les pages (Service Public Entreprendre, fiche vérifiée le 13 octobre 2026).
Quand quelqu'un exerce ses droits
Pour une demande d'accès, tu as 1 mois à compter de sa réception pour répondre, gratuitement, même si tu n'as aucune donnée sur la personne (Service Public Entreprendre, 2024). Avec plusieurs outils, l'enjeu est de savoir où chercher : ton registre sert alors de carte. Note dans chaque fiche comment exporter ou supprimer un contact dans l'outil concerné.
Les erreurs fréquentes
- Croire que le registre ne vise que les grandes entreprises. Un fichier clients suivi dans la durée suffit à le rendre obligatoire.
- Oublier les outils gratuits. Une offre gratuite reste un sous-traitant, avec parfois un hébergement différent de l'offre payante.
- Réutiliser les e-mails du formulaire de contact pour la newsletter. Ce sont deux finalités différentes.
- Copier une politique de confidentialité générique. Elle doit citer tes vrais sous-traitants et tes vrais transferts hors UE.
- Ne pas garder trace du contrat accepté. Les conditions évoluent ; conserve la version en vigueur quand tu t'es abonné.
- Mélanger mentions légales et confidentialité dans les CGV. La politique de confidentialité doit être une page à part.
Pour faire le point en quelques minutes, l'administration propose EvalRGPD, un autodiagnostic gratuit, et la CNIL met à disposition des modèles de registre.
Sources officielles
- Obligations en matière de protection des données personnelles (RGPD), Service Public Entreprendre
- Mentions obligatoires sur le site internet d'une entreprise, Service Public Entreprendre
- Gérer les cookies et autres traceurs sur le site internet d'une entreprise, Service Public Entreprendre
- EvalRGPD : l'autodiagnostic gratuit, Service Public Entreprendre
- Code pénal, articles 226-16 à 226-24, Légifrance