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Sanctions de la facture électronique : démêler les montants qui circulent

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Depuis le 1er septembre 2026, la facturation électronique est entrée en vigueur, et avec elle une avalanche de chiffres sur les amendes : 15 € ou 50 € par facture, 250 € ou 500 € par transmission, parfois 750 € ou 100 000 €. Ces montants ne sont pas tous faux. Ils ne visent simplement pas le même manquement, la même version du texte, ni la même personne. Cet article remet chaque montant à sa place, à partir du Code général des impôts (CGI) et du guide de démarrage publié par la DGFiP.

D'abord : es-tu concerné, et à partir de quand ?

Une amende ne s'applique qu'à une obligation qui te concerne déjà. Le calendrier compte donc autant que le barème :

Conséquence directe : une TPE qui envoie encore ses factures en PDF en 2026 n'est pas en infraction sur l'émission. Le guide précise même qu'un client ne peut pas lui imposer l'émission électronique avant son échéance légale (question 20). Son point de vigilance en 2026, c'est la réception.

Le tableau des sanctions, manquement par manquement

ManquementMontant prévuLimiteTexte (version 2026)
Ne pas émettre une facture électronique alors que tu y es tenu50 € par facturePlafond par année civile fixé par le texteCGI, art. 1737, III
Ne pas transmettre les données de transaction (e-reporting, art. 290)500 € par transmission15 000 € par année civileCGI, art. 1788 D
Ne pas transmettre les données de paiement (art. 290 A)500 € par transmission15 000 € par année civile, plafond distinct du précédentCGI, art. 1788 D
Ne pas avoir de plateforme agréée pour recevoir tes facturesMise en demeure d'abord, avec trois mois pour te conformer ; amende seulement si le manquement persiste—CGI, art. 1737, IV bis, cité par le guide DGFiP, question 28
Mention manquante ou inexacte sur une facture15 € par omission ou inexactitudeTotal par facture limité au quart du montant qui y figure ou aurait dû y figurerCGI, art. 1737

Une précision qui évite bien des contresens : l'amende d'émission se compte par facture, celle de l'e-reporting par transmission. Une transmission regroupe plusieurs ventes sur une période. Les deux amendes relèvent de régimes séparés.

D'où viennent les montants contradictoires ?

  • Des versions anciennes du texte. Avant leur relèvement, les montants étaient de 15 € par facture et de 250 € par transmission. C'est ce que rappelle un amendement au projet de loi de finances pour 2026. Beaucoup de pages n'ont pas été mises à jour.
  • Des montants qui visent les plateformes, pas toi. Une plateforme agréée qui manque à ses propres obligations encourt 50 € par facture dans la limite de 45 000 € par an (CGI, art. 1737, 2026). Pour les transmissions, c'est 750 € par transmission dans la limite de 100 000 € par an (CGI, art. 1788 D, 2026). Ces chiffres ne s'appliquent pas à une entreprise cliente.
  • Une autre sanction, sans rapport avec le format. Ne pas délivrer de facture du tout est une infraction distincte. Quand la transaction a été comptabilisée, l'amende est réduite à 5 % et plafonnée à 37 500 € par exercice. Le plafond monte à 375 000 € dans le cas général (CGI, art. 1737, 2026). Ces montants circulent parfois comme s'ils concernaient la facture électronique.

La règle de la première infraction réparée

Pour l'e-reporting, le texte prévoit une exception utile. L'amende ne s'applique pas à une première infraction commise au cours de l'année civile en cours et des trois années précédentes, si tu la répares spontanément ou dans les trente jours suivant une première demande de l'administration (CGI, art. 1788 D, V, 2026).

Deux limites à garder en tête. Il s'agit d'une première infraction : la deuxième n'est pas couverte. Et la réparation doit intervenir vite, au plus tard trente jours après la demande.

Trois exemples chiffrés pour une TPE

Ces exemples sont des simulations, pas des cas réels. Ils montrent le calcul maximal prévu par les textes. Ils ne tiennent pas compte de l'approche de démarrage décrite plus bas.

Exemple 1 : micro-entrepreneur qui vend à des particuliers

Hypothèses : franchise en base de TVA, obligation d'e-reporting applicable à l'entreprise. Le rythme est d'une transmission tous les bimestres civils, soit 6 par an (CGI, annexe II, art. 242 nonies O, version au 1er septembre 2026). Deux transmissions sont oubliées dans l'année, aucune infraction dans les trois années précédentes. La première est rattrapée dans les trente jours.

Calcul : la première infraction réparée n'est pas sanctionnée. La seconde peut l'être : 1 × 500 € = 500 €.

Exemple 2 : TPE au régime réel normal mensuel

Hypothèses : obligation d'e-reporting applicable, trois transmissions par mois (même article, version au 1er septembre 2026), soit 36 par an. Aucune n'est faite pendant un an.

Calcul : 36 × 500 € = 18 000 €, ramenés au plafond de 15 000 € pour les données de transaction. Si l'entreprise devait aussi transmettre des données de paiement, celles-ci ont leur propre plafond.

Exemple 3 : TPE après le 1er septembre 2027

Hypothèses : 15 factures par mois à des entreprises françaises assujetties, envoyées en PDF hors plateforme, sans démarche de mise en conformité.

Calcul : 15 × 50 € = 750 € par mois. Le total annuel reste limité par le plafond de l'article 1737, III.

Ce que l'administration regardera pendant le démarrage

Le guide de la DGFiP pose une ligne claire. Pendant la phase de démarrage, les sanctions ne seront pas appliquées aux entreprises en difficulté mais engagées dans une trajectoire sérieuse de mise en conformité. Ce n'est ni un report, ni une suspension de l'obligation (guide DGFiP, juillet 2026, question 29).

Pour apprécier ta situation, l'administration examinera notamment :

  • la nature de l'obligation et la réalité de la difficulté ;
  • le caractère ponctuel ou durable du manquement ;
  • la part de ton activité déjà passée dans le circuit électronique ;
  • la qualité de ta documentation et la rapidité de la correction ;
  • l'éventuel comportement d'évitement ou d'inertie.

Une déclaration d'intention ne suffit pas : il faut des éléments concrets, datés et cohérents (question 27). En pratique, tiens un journal simple :

  1. Le contrat ou l'inscription auprès de ta plateforme agréée. Vérifie ton outil sur la liste officielle des plateformes agréées. Ton logiciel de facturation peut être une plateforme agréée ou une solution compatible raccordée à l'une d'elles : c'est le cas à contrôler pour Abby, Evoliz, Indy, Pennylane, Sellsy ou Tiime, comme pour tout autre outil.
  2. Les échanges avec ton éditeur, ton expert-comptable ou ta plateforme, et les tickets de support.
  3. Les messages d'erreur et les rejets, avec leur date.
  4. Les factures ou données régularisées, rapprochées de tes écritures.

Un tableau partagé dans Notion ou Airtable suffit pour ce suivi. Tu n'as pas à signaler chaque incident à l'administration (question 28). En revanche, si elle te contacte, ta réponse doit être complète et documentée.

L'approche de démarrage ne couvre pas tout. Ignorer durablement l'obligation, maintenir volontairement des circuits parallèles sans régularisation ou se servir des difficultés pour bloquer des paiements restent sanctionnables (question 29). Pour situer ces obligations parmi les autres, vois aussi le guide Lancement de l'activité & obligations opérationnelles.

Les erreurs fréquentes

  • Appliquer l'amende d'émission à une TPE dès 2026. Son obligation d'émission commence le 1er septembre 2027.
  • Confondre les amendes des plateformes et celles des entreprises. Les 750 € par transmission et les 100 000 € de plafond visent la plateforme.
  • Multiplier l'amende d'e-reporting par le nombre de ventes. Elle se compte par transmission manquante, pas par vente.
  • Croire qu'un plafond unique couvre tout. Données de transaction et données de paiement ont chacune leur plafond, et l'émission relève d'un autre article.
  • Négliger la réception. C'est l'obligation qui concerne tout le monde depuis septembre 2026. L'absence de plateforme déclenche une mise en demeure.
  • Ne rien garder comme preuve. Sans documentation, impossible de démontrer une trajectoire de mise en conformité.
  • Laisser passer le délai de trente jours. L'exception de la première infraction suppose une réparation rapide.

Sources

Les tarifs et fonctionnalités mentionnés évoluent régulièrement. Vérifie sur les sites officiels avant de t'engager. Une erreur ? Signale-la.