Surcroît d'activité : intérim, CDD ou heures supplémentaires, comparer le coût réel et les risques
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Une grosse commande tombe, la saison démarre plus fort que prévu, un client double ses volumes pendant un trimestre. Tu as besoin de bras pendant trois mois, pas d'un poste de plus pour toujours. Trois solutions existent : demander des heures supplémentaires à ton équipe, embaucher en CDD, ou faire appel à une agence d'intérim. Ce guide les compare sur un même besoin, chiffres à l'appui, puis te montre comment calculer le délai de carence, rédiger le motif du contrat et éviter une requalification en CDI.
Le cas de départ : 3 mois de travail en plus
Pour comparer, prends un besoin simple : un poste à temps plein pendant 3 mois, payé 2 400 € brut par mois. La durée légale étant de 151,67 heures par mois (Service Public, fiche vérifiée le 25 septembre 2025), cela représente environ 455 heures de travail et un taux horaire d'environ 15,82 € brut.
Les montants ci-dessous sont des montants bruts versés au salarié. Ils n'intègrent pas les cotisations patronales, qui s'ajoutent dans les trois cas : fais tourner la simulation complète avec ton logiciel de paie ou ton expert-comptable avant de décider.
Le comparatif chiffré
| CDD | Intérim | Heures supplémentaires | |
|---|---|---|---|
| Salaire de base (3 mois) | 7 200 € | 7 200 € au minimum, payés par l'agence | 208 h × 15,82 € × 1,25 = 4 113 € |
| Prime de fin de contrat ou de mission (10 %) | 720 € | 720 € | Aucune |
| Indemnité de congés payés (un dixième) | 792 € | 792 € | Congés acquis normalement par tes salariés |
| Total brut | 8 712 € | 8 712 €, refacturés avec les cotisations et la marge de l'agence | 4 113 € pour 208 heures, soit moins de la moitié du besoin |
| Qui recrute et fait la paie | Toi | L'agence | Toi, sans recrutement |
Le CDD
À la fin du contrat, tu verses une indemnité de fin de contrat d'au moins 10 % de la rémunération brute totale, sauf exceptions (CDI proposé ensuite, refus d'un CDI équivalent, contrat saisonnier, jeune pendant ses vacances scolaires ou universitaires…). Une convention collective peut ramener ce taux à 6 %, avec des contreparties en formation (Service Public, fiche vérifiée le 22 janvier 2024). S'y ajoute l'indemnité compensatrice de congés payés : un dixième de la rémunération brute totale du contrat, prime de fin de contrat comprise (Service Public, fiche vérifiée le 23 janvier 2026). Sur l'exemple : 10 % de 7 920 € (7 200 + 720), soit 792 €.
L'intérim
L'intérimaire est salarié de l'agence, mais il doit être payé au moins comme un salarié de ton entreprise à qualification et poste équivalents. Il touche une indemnité de fin de mission d'au moins 10 % de la rémunération brute totale, et une indemnité de congés payés d'au moins 10 % de la rémunération brute, indemnité de fin de mission comprise (Entreprendre Service Public, fiche vérifiée le 19 juin 2026). Le socle versé au salarié est donc le même qu'en CDD. Ce qui change, c'est la facture : l'agence ajoute ses cotisations et sa marge. Ce coefficient n'est pas fixé par la réglementation : demande-le par écrit à deux ou trois agences, et compare-le au temps que tu passerais à recruter et à faire la paie toi-même.
Les heures supplémentaires
Sans accord collectif, les heures au-delà de 35 heures sont majorées de 25 % de la 36e à la 43e heure, puis de 50 % (Service Public, fiche vérifiée le 8 juin 2026). Un accord peut prévoir un autre taux, jamais sous 10 %. Le contingent annuel est de 220 heures par salarié sans accord, et chaque heure au-delà ouvre droit à une contrepartie obligatoire en repos (50 % jusqu'à 20 salariés, 100 % au-delà).
La vraie limite est physique : un salarié ne peut pas dépasser 48 heures sur une semaine, ni 44 heures en moyenne sur 12 semaines consécutives (Service Public, fiche vérifiée le 25 septembre 2025). Sur trois mois, cela laisse à peu près 8 à 9 heures supplémentaires par semaine et par personne. Avec deux salariés à 43 heures pendant 13 semaines, tu obtiens 208 heures : moins de la moitié des 455 heures nécessaires. Payer les 455 heures en heures supplémentaires à 25 % reviendrait à environ 9 000 € brut, plus cher que le CDD, et demanderait plus de quatre salariés à 43 heures pendant tout le trimestre.
Ce qu'il faut en retenir
- Pic court ou partiel (quelques heures en plus par semaine) : les heures supplémentaires sont les plus simples, à condition de suivre les compteurs.
- Besoin d'un poste entier et temps disponible pour recruter : le CDD coûte le socle légal sans marge d'intermédiaire.
- Besoin immédiat ou pas le temps de recruter et gérer la paie : l'intérim, en payant la marge de l'agence.
Le délai de carence, calculé sur deux exemples
Quand un CDD ou une mission se termine, tu ne peux pas reprendre un CDD ou un intérimaire sur le même poste tout de suite, sauf exceptions (remplacement d'un salarié absent, emploi saisonnier, rupture anticipée par le salarié…). Sans règle de ta convention collective, le délai est égal au tiers de la durée du contrat, renouvellement inclus, si celui-ci a duré au moins 14 jours, et à la moitié en dessous. La durée du contrat se compte en jours calendaires, le délai en jours d'ouverture de l'établissement (Service Public, fiche vérifiée le 31 juillet 2023 ; Entreprendre Service Public, fiche vérifiée le 19 juin 2026).
Exemple 1, le tiers. CDD du lundi 2 mars au samedi 30 mai 2026 : 90 jours calendaires. Carence : un tiers de 90, soit 30 jours d'ouverture. Ton commerce ouvre du lundi au samedi et il n'y a pas de jour férié sur la période : les 30 jours courent du lundi 1er juin au samedi 4 juillet. Un nouveau contrat court sur ce poste est possible à partir du lundi 6 juillet 2026.
Exemple 2, la moitié. Mission du lundi 7 au mercredi 16 décembre 2026 : 10 jours calendaires, donc moins de 14. Carence : la moitié de 10, soit 5 jours d'ouverture. Ton atelier ouvre du lundi au vendredi : jeudi 17, vendredi 18, lundi 21, mardi 22, mercredi 23. Nouveau contrat possible à partir du jeudi 24 décembre.
Passer de l'intérim au CDD ne contourne pas la carence : elle s'applique avant un nouveau contrat de mission comme avant un CDD sur le même poste. Si le pic dure plus longtemps que prévu, prévois plutôt une clause de renouvellement dans le contrat initial : un CDD peut être renouvelé 2 fois, dans la limite de 18 mois au total pour un accroissement temporaire d'activité (Service Public, fiche vérifiée le 31 juillet 2023). Ta convention collective peut fixer d'autres règles : vérifie-la d'abord.
Le motif à écrire dans le contrat
Le CDD doit indiquer précisément son motif ; sans cela, le salarié peut demander la requalification en CDI (Service Public, fiche vérifiée le 21 août 2026). Pour un pic, le motif légal est l'accroissement temporaire d'activité. Ne te contente pas de recopier ces trois mots : décris le fait qui crée le pic et sa date de fin prévisible.
Exemple de rédaction : « Accroissement temporaire d'activité lié à la commande n° 2026-114 du client X, à livrer au plus tard le 30 mai 2026, qui représente trois mois de production supplémentaires. »
Garde dans ton dossier la pièce qui prouve ce fait (bon de commande, contrat client, historique de ventes de la période). Le contrat doit aussi mentionner la date de fin, la clause de renouvellement s'il y en a une, le poste, la rémunération et la convention collective, et être remis au salarié au plus tard dans les 2 jours ouvrables suivant l'embauche. Recourir au CDD sans contrat écrit expose à une amende de 3 750 € (Service Public, fiche vérifiée le 21 août 2026). Une signature électronique est valable : un outil comme DocuSign ou Dropbox Sign peut servir à faire signer le contrat à distance. Côté intérim, le contrat de mission de l'intérimaire reprend les mentions du contrat de mise à disposition que tu signes avec l'agence, dont le motif (Entreprendre Service Public, fiche vérifiée le 19 juin 2026) : relis-le avec la même exigence.
Les situations qui exposent à une requalification en CDI
- Le poste correspond en réalité à l'activité normale et permanente de l'entreprise, et non à une tâche précise et temporaire.
- Le contrat n'est pas écrit, ou ne précise pas son motif.
- La durée maximale est dépassée, ou le contrat a été renouvelé plus de 2 fois.
- Le délai de carence n'a pas été respecté.
- Le salarié continue de travailler après la date de fin, ou l'intérimaire après la fin de sa mission, sans nouveau contrat.
- Le contrat sert à remplacer des salariés en grève.
Le salarié a 2 ans après la fin du dernier CDD pour saisir le conseil de prud'hommes, qui statue dans un délai d'un mois. Si le CDD est jugé irrégulier, tu dois lui verser une indemnité d'au moins un mois de salaire, et le CDI court depuis la date d'embauche (Service Public, fiche vérifiée le 10 avril 2026).
Les erreurs fréquentes
- Enchaîner les CDD « accroissement » sur le même poste parce que le pic revient chaque mois : c'est le signe d'un besoin permanent, donc d'un CDI.
- Changer d'intérimaire pour éviter la carence : elle vise le poste, pas la personne.
- Laisser le salarié venir le lundi qui suit la fin du contrat en attendant de signer l'avenant : le renouvellement doit être signé avant le terme.
- Oublier les compteurs d'heures supplémentaires : sans suivi, tu ne vois ni le contingent de 220 heures ni la moyenne de 44 heures sur 12 semaines. Un outil de suivi du temps comme Clockify, Toggl Track ou un planning comme Skello peut t'aider à tenir le relevé.
- Comparer le salaire du CDD à la facture de l'agence sans ajouter au CDD les cotisations patronales, les deux indemnités de 10 % et ton temps de recrutement.
- Oublier la DPAE pour un CDD, même court : voir le guide sur la DPAE. Et si tu proposes un CDI à la fin, suis la procédure de proposition et de refus.
Sources officielles
- Contrat de travail temporaire (d'intérim) — Entreprendre Service Public
- Conclusion d'un contrat de travail à durée déterminée (CDD) — Service Public
- Renouvellement d'un CDD et délai de carence — Service Public
- Fin d'un contrat à durée déterminée (CDD) — Service Public
- Indemnité compensatrice de congés payés — Service Public
- Dans quels cas un CDD est-il requalifié en CDI ? — Service Public
- Heures supplémentaires d'un salarié du secteur privé — Service Public
- Durée du travail d'un salarié du secteur privé à temps plein — Service Public